Des fois, j’ai juste envie d’écrire, de décrire et d’autres… de parcourir tout simplement les plis de ma mémoire pour ne plus m’en sortir. C’est le cas probablement aujourd’hui, je feuillète les pages de mon livre de randonnées à la recherche d’un réservoir, d’une histoire, et de mon miroir que je ne retrouve plus. Des images métaphoriques, des discours historiques ou des scènes pathétiques; de tels éléments et bien d’autres encore qui ont fait partie de notre très jeune enfance ou notre adolescence restent ancrés dans nos esprits aussi bien que nos cœurs, flous ou clairs, abstraits ou concrets, de notre plein gré ou malgré nous: l’essentiel, ils sont là en notre compagnie sur l’interminable chemin de lutte contre-courant ou contre soi, les uns nous pourchassent et nous chassent, d’autres tout simplement constituent à nos yeux une nouvelle raison de vivre, alors que d’autres encore ne forment qu’une séquence oiseuse de notre propre spectacle. J’ai entendu ça fait longtemps dans une émission radio le témoignage d’une jeune fille de lune ; en effet, il s’agit d’une maladie de peau dont les porteurs ne peuvent sortir que la nuit évitant toute exposition aux rayons du soleil ; sa souffrance et son militantisme quotidien contre un regard froissant, ses paroles chargées d’optimisme et d’espoir et ses perspectives qu’elle exposait au présentateur en toute confiance m’a laissée penser que nos vies sont largement ridicules: on s’indigne pour un match de foot que nous avons raté, on regrette un objet que nous avons perdu et on s’échange des compliments et promesses qui ne cessent jamais, on déplore constamment notre sort sans penser que nous avons tort ou nous devons changer de port, nous recevons tout le temps sans penser que notre existence n’est autre que ce que nous présentons, et nous essayons inlassablement de concrétiser un conte de fées: ça se lit uniquement et ne se vit jamais. Pensons deux minutes tout simplement à ceux qui souffrent en silence, recèlent leur douleur dans la noirceur de la nuit, et taisent leur calamité pour ne pas gêner autrui. Nous déduirons que la vie ne vaut vraiment pas la peine après tout, elle repose sur des paradoxes sans début ni fin: il y a des gens qui s’approchent mais qu’on éloigne et des personnes qui s’éloignent mais dont on s’approche; une personne fautive qui essaie de contrefaire et une victime qui tente de satisfaire; une dame qui vit seule et une autre entourée de mille et une bonnes; un personnage qui se laisse manier et un réalisateur qui tout manie; un livre qui trouve du succès et un autre qui passe à côté; des gens de passage, d’expérience, d’essai, de promotion, il y en a de tout, rien n’y manque, tout y est; les relations humaines deviennent autant superficielles qu’artificielles: c’est comme si l’esprit machiavélique fait ravage, le sadisme ronge, la chaleur se perd, la froideur s’instaure, l’opportunisme sillonne nos vies de long en large, le déséquilibre entre donner et recevoir se prolonge, l’opacité devient dense, le sentiment de l’existence intense, voire même les plus extrapolant mensonges s’imposent. Ça vous semblera déconcertant mais j’ai contacté récemment la fille en question grâce à la rediffusion de son coup de fil un certain 12 Mai de cette année, par pitié ? Nullement pas, c’était plutôt par admiration et respect éminents. J’ai été fascinée par ce même ton qui n’a guère changé, par ce petit rire timide qui scandait ses paroles, par cette sagesse qui débordait de cette âme souffrante et par cette foi en Dieu qui, à mon sens, ne pourrait égaler aucune. Je ne la connaissais pas certes, elle ne me connaissait pas non plus, pourtant c’était l’une des meilleures conversations téléphoniques que j’ai jamais entretenue; je ne sais pas comment j’ai eu l’audace d’appeler une inconnue, qui pourrait exister comme ne pas exister, tout ce dont je suis sûre c’est que la plupart du temps l’émotion emporte sur la raison, l’essentiel c’est de commettre toute folie avec enthousiasme et euphorie. Cette jeune Rachida, pleine de vie et de vivacité, m’a appris que le bonheur n’exige ni argent ni santé ni présence particulière, il n’exige qu’un bien-être, qu’un vouloir et qu’une foi. Le cas que j’évoque n’est certainement pas gratuit, c’est une autre manière de dire que la vie est tellement magistrale qu’il faut lutter pour la préserver, la rendre riche en profondeur, tenter d’y instaurer l’esprit de don et de sacrifice, être soi avec qualités et défaut, ne pas cultiver plusieurs personnalités ou divers comptes : Le tout finit par se démasquer, ne pas oublier de donner un coup de main à ceux qui en ont besoin, ne pas être insensible et froid ou trop sensible et débordant d’émotion, ne pas se compliquer la vie parce qu’elle est beaucoup plus simple que ce qu’elle paraît, se dire qu’une personne parfaite n’est qu’utopie, ne pas s’attendre à beaucoup ni se contenter de peu parce qu’il n’y a pas pire que la déception, et essayer toujours de ne pas accaparer la joie mais la répandre autour de soi.
J’ai passé énormément de temps, j’ai lu tant d’ouvrages, et j’ai adhéré à moult discussions pour approcher le sens de la vie, ou plutôt de ma propre vie parce qu’à chaque vie correspond une désignation particulière. J’ai découvert que la vie n’est que cet humanisme qui nous anime, qui nous distingue d’un autre insensible et rigide; une équation qui n’est point différentielle parce qu’elle n’admet pas de solution: à chaque fois qu’on croit comprendre, on réalise qu’on n’a eu qu’une réponse au comment mais jamais au pourquoi; c’est aussi une seule tentative, une seule expérience et un seul défi: soit on remporte le pari soit on le perd à jamais; la vie est faite de rencontres et d’adieux: on ne prévoit pratiquement rien, le hasard fait l’affaire ou comme les uns tendent à l’appeler la fatalité ce qui est à mon avis un peu fort; le scénario de la vie se défile sous nos regards, des fois nous agissons, d’autres nous nous en abstenons, par lâcheté ? Pas forcément, je dirai plutôt par respect au scénariste….le paysage le plus agréable dans le film de nos vies c’est nos familles: elles sont là et seront là pour nous, elles ne cherchent pas à nous exploiter, à nous soumettre ni à nous tromper ou même à nous regarder douter ou nous essayer comme un prêt-à-porter: elles sont là parce qu’elles le veulent, elles nous aiment, elles nous câlinent, tentent de nous pénétrer, nous conseillent et en finalité nous laissent choisir notre propre parcours. Je ne sais pas à quel point je suis devenue mûre, mais je sais que je pense différemment: effet d’âge ou d’expériences ? Peu importe. Mais, je comprends uniquement à présent qu’on pourrait assez aisément se maîtriser, se contrôler et avant tout appliquer; je suis consciente seulement maintenant qu’étant au sein d’une histoire, notre jugement n’est pas souvent le bon; je réalise aujourd’hui seulement que notre vie est basée essentiellement sur des calculs et des cumuls; j’ai découvert encore que lorsque c’est difficile d’être auteur ou au moins co-auteur, on fera mieux de quitter la scène sans accepter être un personnage de seconde scène : C’est bien la loi du tout ou rien; il faut croire absolument que la passion de donner ne doit pas nous ruiner ou nous rendre effacés; on doit comprendre que la froideur tout comme l’indifférence valent le coup d’être essayées; combien c’est drôle de comprendre uniquement à présent qu’on s’était enfermé sans aucune raison valable dans une sorte de fable où on cherche simplement à être stable sans penser à ce que ça soit durable; j’ai réalisé encore que les promesses ne sont que bassesses: c’est comme si on met en sursis nos soucis ou on s’attache à un drôle de châssis; j’ai conçu le sens du sacrifice et du militantisme: essayer de tout garder en sachant qu’on finira par tout perdre; absorber l’amertume, la colère et la déception: j’en ai vu plusieurs faiseurs, ce n’est pas parce qu’ils sont faibles ou soumis mais plutôt parce qu’ils sont assez forts et émotionnels pour faire des compromis, ou bien préfèrent se sacrifier sans sacrifier.
Ce n’est pas un article bien fondé, ce n’est pas un texte argumentatif, ce n’est même pas un essai philosophique, et ça n’appartient certainement pas au genre romanesque; ce sont, comme le titre l’indique, tout simplement des rosées de mon esprits que j’ai cherchés à partager avec vous. Ça n’empêche pas que toute critique ou remarque est la bienvenue….
Amicalement
